Travaux d'entretien

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Ouvrage contre l'érosion

Palissade en pieux jointifs pour lutter contre l'érosion de la Rive sud

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Vaches Highland

ces vaches sont utilisées localement pour lutter contre l'embuissonnement de certains secteurs de la Grande Cariçaie

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Elbotel

une faucheuse prototype construite pour l'entretien des marais de la Grande Cariçaie

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Entretien des marais

Les marais ne sont pas des milieux naturels stables, comme peuvent l’être certaines forêts. Sans interventions humaines, les prairies marécageuses se boisent progressivement et les plans d’eau ouverts disparaissent, envahis par la végétation de leurs rives.  Ces mécanismes sont certes naturels mais ils portent atteinte aux habitats les plus menacés de Suisse, les étangs et les marais non boisés. L’homme n’a donc pas d’autre alternative que l’entretien des zones protégées pour tenter de conserver les centaines d’animaux et de plantes rares qu’abrite la Grande Cariçaie. Les modes d’entretien sont divers et s’adaptent aux types de végétation rencontrés. Le fauchage constitue la méthode la plus importante en terme de surface. Elle est complétée çà et là par de l’arrachage de buissons, du débroussaillage manuel ou du broyage mécanique. Des plans d’eau sont régulièrement recreusés, en particulier dans les roselières ayant perdu au cours du temps leur caractère aquatique.

Schéma des différents travaux effecutés

Fauchage Elbotel

Afin d’endiguer la progression des buissons dans les marais, les prairies marécageuses sont régulièrement fauchées. Les prairies les plus humides difficiles d’accès aux machines à pneus, sont fauchées en hiver avec un matériel spécialisé monté sur un train de chenilles de 1.20 m de large pour minimiser la pression au sol (machine à pleine charge : env. 240 g/cm2). Chaque année, ce sont plus de 70 ha de marais qui sont fauchés au moyen de cet engin nommé Elbotel.

Cette machine, équipée d’un peigne de coupe de 6.2 m de large et montée sur un axe lui permettant de faire demi-tour sans mouvement des chenilles, est un prototype développé spécifiquement pour l’entretien des marais de la Grande Cariçaie par une entreprise de la région (Eltel SA, Cronay). Son système hydraulique fonctionne avec des huiles biodégradables.

Les parcelles de fauche sont dimensionnées afin de s’adapter aux différents types de végétation présents sur le terrain. Le rythme de fauche est également déterminé en fonction des spécificités floristiques et varie d’une parcelle à l’autre. Elbotel travaille dans les marais de la Grande Cariçaie d’octobre à février. Cette période est celle ou la pénétration d’un tel engin est la moins dommageable pour la faune et la flore.

Tous les types de végétation ne sont pas fauchés, en particulier les roselières qui font l’objet d’un autre type d’entretien : le décapage. La faucheuse dispose d’un GPS avec le parcellaire à faucher en fond de plan. L’appareil permet au machiniste de se repérer sur le terrain en temps réel en consultant son écran. Il mesure et enregistre toutes les 3 secondes la position de la machine, ce qui permet, une fois les données rapatriées au bureau du GEG, de calculer automatiquement les surfaces effectivement fauchées.

La végétation fauchée est conditionnée sous forme de balles rondes, puis stockée sur les passerelles latérales de la machine. 23 balles peuvent ainsi être transportées, avant qu’Elbotel ne doive retourner à la place de stockage. Les trajets dans le marais sont limités au minimum. Les places de stockage se situent hors marais. Les balles de pailles y sont déposées jusqu’à ce que l’entreprise vienne les évacuer par camion.
La paille est revendue au prix du coût du transport à des vignerons, maraîchers et agriculteurs qui l’utilisent comme paillage de protection, contre l’érosion, paillage de couverture de culture ou litière de substitution.

Une partie de la paille fauchée est en outre utilisée pour l’élaboration d’un terreau de jardin par mélange avec les résidus organiques des opérations de décapage.

Fauchage agricole

Dans les parcelles les plus sèches, le fauchage peut être pratiqué avec des un équipement agricole conventionnel. Ce type d’action de conservation est effectué avec des machines agricoles sur pneumatiques équipés de faucheuses rotatives. Plusieurs agriculteurs des communes riveraines sont mandatés annuellement pour faucher près de 50 ha de marais.

Dans la Grande Cariçaie, ce sont les prairies les plus portantes sur lesquelles le fauchage d’agriculteur peut être pratiqué. Certaines clairières sont également aisément accessibles par les chemins existants et ont les conditions suffisantes pour permettre l’intervention des tracteurs agricoles.

Les parcelles à faucher ont des surfaces variant très fortement ; de 1 ha pour les plus petites jusqu’à plus de 8 ha pour la plus grande. Elles sont balisées sur le terrain au moyen de piquets de bois placés aux extrémités. Le rythme de fauche varie en fonction des types de végétation. Certaines parcelles sont fauchées tous les ans, d’autres tous les deux ou tous les quatre ans.

Alors que par le passé les agriculteurs fauchaient traditionnellement en été, ils ne peuvent plus désormais faucher qu’en automne essentiellement pour des raisons de conservation de la faune et de la flore. La fauche débute fin septembre et est généralement terminée fin octobre. Le GEG fournit aux agriculteurs la date du début de la fauche en fonction de la réalisation du cycle complet de floraison des espèces prioritaires présentes sur les secteurs à faucher.

Tout le matériel est andainé, récolté et conditionné sous forme de balles de paille qui sont ensuite évacuées du marais. L’utilisation qui en est faite dépend des éventuels débouchés existants. Certains agriculteurs l’utilisent comme litière de substitution, d’autres la commercialisent sous forme de paillage de culture ou l’épandent dans leurs champs.

Arrachage

Dans certains secteurs, le fauchage ne suffit pas à stopper la progression de la forêt dans les marais. D’autres techniques sont appliquées spécifiquement sur les buissons colonisateurs. Dans des stades peu avancés, les zones buissonnantes peuvent être contenues par du débroussaillage manuel, ou par de l’arrachage avec petite retro-pelle munie d’une pince spéciale.

Vous trouverez de plus ample informations sur la technique d’arrachage dans la vidéo ci-dessous.

Broyage

Lorsque l’embuissonnement du marais est trop important et que ni la fauche, ni l’arrachage ne sont possibles, la technique du broyage mécanique est alors utilisée. Lorsque les massifs arbustifs sont déjà denses, le broyage mécanique est la technique la plus efficace pour éliminer les ligneux et restaurer une prairie marécageuse sur le site. Cet entretien est réalisé avec un broyeur à rouleaux fixé sur le bras d’une pelle mécanique montée sur chenilles larges. Grâce à sa pression au sol réduite, la machine peut accéder dans des parcelles marécageuses en provoquant un minimum de dégâts.

Actuellement 5-10 hectares de marais sont débroussaillés avec cette technique chaque année.

Les actions de broyage sont réalisées dans les secteurs où le passage de la faucheuse n’est plus possible du fait du développement des ligneux ou dans des secteurs inaccessibles aux engins de fauche.

Le broyeur monté sur un bras articulé permet d’effectuer des interventions précises. Des surfaces précédemment perdues pour la fauche peuvent au moyen de cette technique être réintégrées au parcellaire de fauche courant.

Le broyage est une intervention spectaculaire car le sol est pratiquement mis à nu par la machine. Mais comme la végétation du marais est très dynamique, il est souvent difficile de reconnaître les secteurs sur lesquels le broyeur est intervenu déjà 6 mois après l’intervention.

Toutes les actions de broyage sont réalisées durant la saison de repos de la végétation afin de limiter au maximum les atteintes à la faune et à la flore du marais. Elles sont planifiées annuellement en fonction des besoins et de l’installation des ligneux dans les prairies marécageuses.

Pacage

Depuis 2000, l’Association de la Grande Cariçaie teste l’utilisation de vaches écossaises dans un secteur de Cudrefin pour éviter l’embuissonnement des marais non-boisés. Le pâturage, ou pacage, constitue l’une des techniques alternatives au fauchage et à l’emploi de machines. En pâturant, les vaches éliminent une partie des arbustes qui colonisent les marais et maintiennent des structures ouvertes favorables à certaines plantes et animaux. Problème: les marais sont sensibles au piétinement et la végétation qui s’y trouve est peu nourrissante pour les vaches. Le pâturage de ces milieux difficiles est donc réservé à des races bovines rustiques et légères, telles que les Galloway ou les Highland. Originaires toutes deux d’Ecosse, ces races sont parfaitement adaptées aux pâtures maigres et détrempées, et nécessitent peu d’entretien.

Depuis les débuts et jusqu’en 2015, des vaches de la race Highland étaient utilisées pour cette tâche. Suite à un non-renouvellement du contrat avec la propriétaire des Highland, ce sont dorénavant des vaches Galloway qui broutent dans les parcs durant l’été. La zone de pacage de Cudrefin (VD) couvre une surface de 24 ha entre le ruisseau du Pégran et le canal de la Broye (du sud au nord) et entre la forêt alluviale du Chablais de Cudrefin et le lac de Neuchâtel

Les premiers résultats

Entre 2000 et 2005, une étude a été réalisée pour suivre l’évolution de la végétation suite au pacage. Les résultats ont montré que, de manière générale, la diversité des milieux et leur distribution géographique dans la zone de pacage de Cudrefin ont peu évolué entre 2000 et 2005. Les 6 principaux milieux marécageux non-boisés caractérisés composant la zone (Caricion davallianae, Cladietum, Magnocaricion, Molinion, Phalaridion, Phragmition) se sont maintenus. Le relevé de l’embroussaillement du parc montre une diminution de plus de 70% de la couverture au sol des essences ligneuses.

Le pâturage des marais, dans un but de conservation, est encore peu utilisé en Suisse. Cette méthode est par contre très répandue dans d’autres pays d’Europe, notamment en France. Elle représente de nombreux avantage et pourrait représenter un moyen de gestion dans la Grande Cariçaie applicable à:

  • des surfaces sur lesquelles ne peuvent être déployés des moyens engageant des machines lourdes (faucheuse, broyeur)
  • des sites dont la dynamique (d’embroussaillement principalement) est telle que le coût des mesures de fauchage ou de débroussaillage à appliquer serait plus élevé que celui du pacage/ seraient à privilégier.
  • des sites dont les types de végétation et les espèces qui les composent ne font pas partie de la liste des milieux et des espèces prioritaires pour la Grande Cariçaie et d’une façon générale « les milieux non maigres » seraient à privilégier.

Décapage

Très menacés en Suisse, et hébergeant une faune et une flore caractéristique et en danger, les étangs méritent une protection toute particulière. Dans la Grande Cariçaie, leur disparition naturelle est compensée par des opérations régulières de creuse de plans d’eau peu profonds (20-30 cm) dans des roselières terrestres. Ces travaux redonnent à ces roselières un caractère plus aquatiques et favorisent la faune et la flore spécifique.

Avec le temps, les roselières aquatiques s’assèchent progressivement. La densité de roseaux diminue, les grandes laiches (surtout Carex elata ou Carex riparia) s’installent et tout un cortège d’espèces rares liées aux peuplements denses de roseaux disparaissent alors. Le fauchage se révélant inefficace pour lutter contre ce phénomène, le décapage permet de restaurer ces habitats précieux.

Testé pendant une dizaine d’années dans la région de Font (FR), le décapage a montré son efficacité pour la restauration d’habitats aquatiques. La méthode consiste à prélever les horizons superficiels du sol, sur 20-30 cm, afin d’éliminer l’essentiel de l’humus en place et de recréer un plan d’eau. Ce dernier va alors être colonisé par différentes espèces de plantes et d’animaux, certaines très rares dans notre pays, puis se retransformer en roselière en 20 à 30 ans.

Le travail de décapage est réalisé grâce à une pelle mécanique sur chenilles larges, munie d’un godet ajouré pour éliminer un maximum d’eau des matériaux excavés. Ces derniers sont transportés hors du marais avec des engins de transport spéciaux, comme par exemple la faucheuse Elbotel, à laquelle on a enlevé le peigne de fauche, la botteleuse, les passerelles latérales, et à laquelle a été ajouté une benne de 10 m3. Les matériaux sont ensuite laissés en dépôt pendant quelques mois pour les laisser perdre encore de leur eau excédentaire. Riches en matière organique, ils s’avèrent utilisables comme apport organique sur un champ cultivé. Ils sont également utilisés pour l’élaboration d’un terreau naturel composé de résidus de décapage et de paille des marais.

Utilisées désormais comme méthode de routine, les opérations de décapage sont conduites chaque année dans diverses réserves de la Grande Cariçaie.

Débroussaillage

Lorsque la fauche n’est pas possible, certain types de prairies marécageuses sont préférentiellement traitées par débroussaillage manuel. Cet entretien est plus approprié pour les prairies à choin ou à marisque dont les caractéristiques peuvent ainsi être préservée en partie en évitant au maximum de les déstructurer.

Le débroussaillage manuel est une intervention qu’il est parfois également nécessaire de réaliser dans les secteurs difficilement ou pas accessibles aux machines.

Ces dernières années, des bénévoles du canton d’Argovie (étudiant préparant leur maturité fédérale) ainsi que du personnel de l’entreprise Swisscom ont participé au débroussaillage de diverses clairières dans les réserves de Grèves de Cheseaux, de Cheyres et des Grèves de la Corbière.

Vous trouverez de plus informations sur les chantiers d’entretien sur la page S’engager