Nature

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Les milieux naturels

La Grande Cariçaie se compose d'une succession de milieux d'une grande richesse écologique

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La Grande Cariçaie

une histoire remontant au Néolithique

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La rive sud du lac de Neuchâtel présente une mosaïque de milieux variés : forêts, hameaux, champs et vergers surplombent une ceinture de marais lacustres et de forêts alluviales qu’entrecoupent des villages portuaires. Environ un millier d’espèces végétales sauvages peuvent y être rencontrées, soit le tiers de la flore suisse. La régression des marais en Suisse (près de 90% en un siècle) a entraîné le déclin de nombreuses espèces végétales liées aux marais ou aux plans d’eau. Certaines d’entre elles sont aujourd’hui proches de l’extinction. Les réserves naturelles de la Grande Cariçaie abritent une bonne part d’entre elles et jouent ainsi un rôle essentiel pour leur conservation dans notre pays.

Inventaire de la flore

La biodiversité est actuellement un des enjeux majeurs de la protection de l’environnement. De nombreux programmes régionaux, nationaux et internationaux d’inventaire et de suivi ont été initiés afin d’évaluer son évolution. Le GEG s’est efforcé, dès le début de ses activités, d’enregistrer toute donnée nouvelle en matière de biodiversité. L’inventaire de la flore de la Grande Cariçaie s’est ainsi progressivement enrichi au fil des ans.

Se résumant d’abord, durant les années 1980, aux données floristiques accumulées au travers de recherches scientifiques diverses, cet inventaire est devenu une démarche à part entière dès le milieu des années 1990. Des prospections annuelles ont alors été menées qui ont conduit au presque doublement des espèces enregistrées jusqu’alors : fin 2006 l’inventaire comptait plus de 550 espèces, dont une vingtaine sont des végétaux inférieurs (mousses, algues). Les nombreux relevés effectués dans le cadre des divers suivis de la flore et de la végétation de la Grande Cariçaie permettent d’évaluer régulièrement la pérennité des espèces inventoriées. La figure ci-dessous montre que la présence d’un grand nombre (environ 400) d’espèces inventoriées jusque dans les années 2000 a pu être confirmée durant les 10 dernières années.

Même si aucun des objectifs du nouveau plan de gestion de la Grande Cariçaie n’inclut spécifiquement les résultats numériques de cet inventaire, celui-ci reste nécessaire à plus d’un titre :

  • l’inventaire permet d’estimer la valeur naturelle du site : plus de 70 espèces de l’inventaire de la flore de la Grande Cariçaie sont menacées à l’échelle de la Suisse et plus de 100 le sont à l’échelle du Plateau ou de l’Ouest du Plateau ;
  • l’inventaire confirme l’orientation principale à donner à la gestion conservatoire de la Grande Cariçaie : la majorité des espèces menacées inventoriées étant des plantes aquatiques ou des plantes de marais, le maintien des milieux humides non-boisés qui les abritent doit être prioritaire (voir graphique ci-dessous) ;
  • l’inventaire peut révéler la présence d’espèces menacées susceptibles de mériter une attention particulière des gestionnaires (espèces désignées comme « prioritaires pour la Grande Cariçaie ») ;

Enfin l’inventaire participe au processus d’évaluation de l’évolution de la biodiversité végétale en Suisse en alimentant un réseau de données nationales (Centre national de données et d’informations sur la flore de Suisse : www.infoflora.ch).

Espèces prioritaires et rares

L’une des caractéristiques qui font la haute valeur naturelle de la Grande Cariçaie est l’importance remarquable des populations d’espèces végétales rares et menacées (Liste Rouge) qu’abrite cette rive marécageuse. Une liste de 23 espèces de plantes vasculaires prioritaires a été établie, en collaboration avec des experts externes, en 2003. Elles ont été distribuées selon deux catégories en matière de priorité d’inventaire et de suivi.

De manière générale, plus du tiers des espèces aquatiques et le cinquième des espèces de marais menacées en Suisse ont été signalées dans les réserves naturelles de la Grande Cariçaie. Quelques espèces de la Liste Rouge (OFEV, 2002) n’ont plus été observées depuis plusieurs décennies, les plus remarquables étant la Littorelle uniflore (Littorella uniflora (L.) Asch.), la Calla palustre (Calla palustris L.) et la Renoncule radicante, toutes considérées comme « En danger » par cette liste. Parmi les taxons inventoriés dans les réserves naturelles, 68 appartiennent à la nouvelle Liste des espèces prioritaires au niveau national (OFEV, 2010) qui servira de base à la redéfinition de la liste d’espèces prioritaires.

Espèces pour lesquelles la Grande Cariçaie joue un rôle proritaire en Suisse

NomStatut en Suisse*
Baldellie fausse-renoncule (Baldellia ranunculoides) Au bord de l'extinction
Blackstonie perfoliée (Blackstonia perfoliata)Vulnérable
Bolboschoenus maritime (Bolboschoenus maritimus)En danger
Euphorbe des marais (Euphorbia palustris)Vulnérable
Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe)Vulnérable
Inule helvétique (Inula helvetica)Vulnérable
Isolépis sétacé (Isolepis setacea)Vulnérable
Jonc fleuri (Butomus umbellatus)Vulnérable
Laiche de Buxbaum (Carex buxbaumii)En danger
Liparis de Loesel (Liparis loeselii)Vulnérable
Morène des grenouilles (Hydrocharis morsus-ranae)En danger
Ophioglosse vulgaire (Ophioglossum vulgatum)Vulnérable
Potamot graminée (Potamogeton gramineus)En danger
Potamot plantain (Potamogeton plantagineus)En danger
Renoncule radicante (Ranunculus reptans)En danger
Rubanier nain (Sparganium minimum)En danger
Rumex géant (Rumex hydrolapathum)En danger
Sagittaire à feuilles en flèche (Sagittaria sagittifolia)En danger
Souchet jaunâtre (Cyperus flavescens)Vulnérable
Spiranthe d’été (Spiranthes aestivalis)Vulnérable
Utriculaire intermédiaire (Utricularia intermedia)En danger
Utriculaire jaune pâle (Utricularia ochroleuca)Au bord de l'extinction
Violette à feuilles de pêcher (Viola persicifolia)En danger

*Statut en Suisse tiré de : Moser et al. (2002). Liste rouge des fougères et plantes à fleurs menacées en Suisse. Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage, Berne.

Espèces envahissantes

On a donné le nom de néophytes aux espèces végétales migrantes qui, naturellement ou par la main de l’homme, colonisent des contrées où elles n’avaient jamais été observées. Certains néophytes peuvent représenter une menace pour l’homme de par leur propriétés allergènes ou encore leur capacité à envahir les cultures. D’autres se révèlent être de puissants colonisateurs susceptibles de menacer certaines flores locales, en les remplaçant sans compensation.

Par chance, la Grande Cariçaie ne subit pas actuellement d’envahissement important par les néophytes : la présence de la verge d’or (Solidago canadensis et Solidago gigantea), de l’impatience glanduleuse (Impatiens glandulifera), du robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) et de la renouée du Japon (Reynoutria japonica) reste relativement confidentielle dans les marais et les forêts alluviales.

Une cartographie pour mieux comprendre

Une cartographie des stations des principales espèces envahissantes (l’impatiente glanduleuse, le robinier faux-acacia, le solidage géant, le buddleja de David) a été réalisée en été 2003 dans la Grande Cariçaie.

Celle-ci a montré que l’envahissement des réserves naturelles de la rive sud du lac de Neuchâtel par les néophytes est faible. L’ensemble des surfaces occupées par ces espèces représente moins de 1% de celles des réserves naturelles. Les espèces cartographiées sont principalement présentes dans les zones à forte activité humaine et dans les massifs boisés intensivement entretenus. Les marais non boisés ne sont envahis que par le solidage géant, essentiellement dans leurs parties les moins inondées et dans une proportion ne dépassant pas 1%.

Ce faible envahissement est étonnant, alors que les marais et forêts alluviales de la Rive sud sont apparus il y a plus d’un siècle et que de nombreuses zones alluviales du Plateau suisse et du Tessin ont subi d’importants envahissements (notamment par le solidage et l’impatiente).

Certaines caractéristiques du site peuvent cependant l’expliquer :

  • La rive présente une faible intensité d’activités humaines en matière d’aménagement du territoire (jardinage, paysagisme, chantiers, friches industrielles, correction de cours d’eau, construction et entretien de voies de communication), qui sont autant de vecteurs reconnus d’installation et de dissémination de néophytes.
  • L’alimentation hydrique des marais garantit une inondation régulière de plus d’un tiers de leur surface. Cette inondation est peu favorable aux espèces inventoriées. Le lac ne dépose pas dans les marais de couches d’alluvions conséquentes, susceptibles d’être colonisées par les espèces inventoriées ; seule la dune qui marque la ligne de rive par endroits offre des conditions favorables aux néophytes inventoriés. Les cours d’eau, généralement perpendiculaires à la ligne de la rive du lac, n’ont que peu de connexions entre eux ; leurs bassins versants sont très réduits et souvent complètement compris dans des zones peu urbanisées ; leur débit et la quantité d’alluvions qu’ils transportent restent modestes et sont rarement à l’origine d’importantes zones pionnières dans leurs deltas.
  • Les massifs boisés et les cours d’eau de la Rive sud font l’objet d’interventions très limitées. Les mesures d’entretien des réserves naturelles se concentrent dans les marais où se réalisent des opérations de fauchage, de débroussaillage et de creusage de plans d’eau. Les étangs creusés, continuellement inondés, n’offrent pas les conditions favorables à l’installation des espèces inventoriées. Seuls les débroussaillages mécaniques et le creusage de mares temporaires offrent, en mettant à nu des sols peu inondés, des conditions susceptibles de permettre l’installation et la propagation des espèces inventoriées. Le réseau des voies de communication au sein des réserves naturelles se limite essentiellement à la ligne CFF reliant Yverdon-les-Bains à Estavayer-le-Lac, à la route des grèves Yverdon-les-Bains-Yvonand et aux chemins de randonnée qui, pour la plupart, ne sont ouverts qu’aux piétons et aux vélos et se situent en marge des marais.

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