Des traces de tourbière dans la Grande Cariçaie
19 janvier 2026

Les marais de la Grande Cariçaie sont en grande partie constitués de prairies humides que les botanistes regroupent sous l’appellation de « bas-marais ». Ce type de végétation se distingue de celui des « hauts marais » mieux connu du grand public sous le nom de « tourbière ».
Les tourbières sont notamment caractérisées par la présence abondante d’une plante particulière, la Sphaigne, une mousse capable de se développer en coussins délicats dont l’épaisseur peut atteindre plusieurs mètres au fil des siècles.
La consultation des cartes géographiques du début du 20ème siècle révèle la présence de tourbières et de leur exploitation dans les plaines marécageuses voisines de la Grande Cariçaie, particulièrement dans la basse plaine de la Broye entre les lacs de Morat et de Neuchâtel. Ces sites d’exploitation ont été progressivement drainés et sont aujourd’hui dévolus à l’agriculture.
Malgré ces disparitions massives, quelques traces de présence de tourbière persistent dans la Grande Cariçaie, mais uniquement dans la réserve naturelle de Cheyres entre les villages de Cheyres et de Font en terre fribourgeoise. Connues de longue date, ces traces, qui se présentent sous la forme de buttes bombées, n’ont cependant jamais été étudiées en détail.
Une prospection menée en automne 2025 par Yann Fragnières a cependant permis d’identifier deux espèces de Sphaignes composant ces buttes. L’une d’entre elles s’avère particulièrement intéressante. Il s’agit de la Sphaigne lustrée (Sphagnum subnitens Russow & Warnst.). Peu fréquente en Suisse, elle est très rare dans le canton de Fribourg où une seule autre station est connue alors qu’elle semble particulièrement abondante dans la réserve naturelle de Cheyres. L’espèce se portant bien dans la réserve naturelle, elle ne nécessite pas de mesure de gestion particulière, mais elle continuera d’être suivie dans le cadre du monitoring de la flore et de la végétation.
Photo : Sphaigne lustrée (Sphagnum subnitens) dans la réserve de Cheyres. © Yann Fragnières