Recherche scientifique

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Entomologie

Inventaires et recensements des invertébrés

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Etudes consacrées aux amphibiens

Monitoring et suivis des espèces prioritaires

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Botanique

Cartographie des milieux et monitoring de la flore

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Inventaire faunisitique

Etudes consacrées aux espèces encore peu connues sur la Rive Sud

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Recherches ornithologiques

Monitoring des oiseaux nicheurs et des oiseaux d'eau

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Suivi des travaux d'entretien

Evalutation des effets du décapage dans les roselières

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Inventaire de la petite faune

La Couleuvre à collier fait partie des espèces prioritaires

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Suivi des espèces prioritaires

Monitoring des chanteurs de Rainette verte

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Inventaire floristique

Plus de 550 espèces végétales inventoriées dans la Grande Cariçaie

Connaissance des espèces

Dans les groupes faunistiques moins connus que les oiseaux, l’effort principal est porté sur le suivi annuel des espèces définies comme prioritaires, c’est-à-dire celles pour lesquelles la Grande Cariçaie joue un rôle central pour leur conservation en Suisse. Des inventaires détaillés des principaux groupes faunistiques constituent une des bases indispensables à la gestion des milieux naturels riverains. Parmi ces groupes, les gestionnaires définissent des espèces prioritaires pour lesquelles la Grande Cariçaie possède une responsabilité particulière de conservation. Il est donc nécessaire que l’Association de la Grande Cariçaie connaissent les tendances d’évolution de ces espèces prioritaires dans leur périmètre de gestion, leurs exigences écologiques et évaluent leur degré de sensibilité à la gestion routinière des milieux. Si nécessaire, des mesures propres à leur conservation doivent être mises en oeuvre.
Un monitoring général des libellules, papillons de jour, amphibiens et orthoptères, tous les 3 ans, complète le dispositif, et permet de se faire une image de la qualité de l’habitat pour ces groupes caractéristiques des rives marécageuses. Enfin, des inventaires sont menés selon les opportunités, pour mieux connaître le statut de certains groupes peu connus.

Monitoring amphibiens

Depuis 1993, un intense programme d’étude des amphibiens a été mis en place dans la Grande Cariçaie, ce groupe ayant été considéré comme prioritaire et vulnérable lors de la première révision du programme de gestion de la Grande Cariçaie en 1992.

Un inventaire des populations d’amphibiens par réserve naturelle a tout d’abord été dressé, puis un suivi des populations s’est progressivement mis en place, consistant à recenser, sur des barrières d’interception, les batraciens migrateurs lors de leur transit printanier vers les sites de reproduction. Les gestionnaires assurent également un monitoring des chanteurs de Rainette et partiellement du Sonneur à ventre jaune sur l’entier du périmètre de gestion. On dispose ainsi aujourd’hui d’un suivi sur 20 ans de l’évolution des effectifs de ces différentes espèces. En particulier, l’évolution des populations des espèces prioritaires, c’est-à-dire de la Rainette, du Triton lobé, du Sonneur à ventre jaune et du Crapaud commun, est bien documentée.

Fiche info | Le mystère des grenouilles vertes

Fiche info | Le mystère des grenouilles vertes

Fiche info | Le mystère des grenouilles vertes

Une récente étude du Département d’écologie et d’évolution de l’Université de Lausanne (Dubey, Leuenberger, & Perrin, 2014) a créé une sacrée surprise, en révélant que le Grenouille de Lessona (Pelophylax lessonae), une petite grenouille verte dont on croyait que la Grande Cariçaie abritait une part significative de la population suisse, se révèle en fait être la Grenouille de Berger (Pelophylax bergeri), une cousine italienne et corse de la Lessona, considérée parfois comme une sous-espèce de la Lessona. La vraie Lessona serait donc totalement absente de la Grande Cariçaie.

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont analysé génétiquement des individus capturés dans la Grande Cariçaie, le seul moyen de parvenir à une identification fiable des grenouilles vertes du genre Pelophylax. Outre la Grenouille de Berger, les chercheurs ont trouvé également des Grenouilles rieuses (Pelophylax ridibundus), une espèce invasive et très problématique dans la Grande Cariçaie, et deux espèces encore non répertoriées dans la Grande Cariçaie : la Grenouille verte de Bedriag, originaire du Proche-orient, et la Grenouille verte des Balkans (Pelophylax kurtmuelleri), localisée en Grèce et en Albanie.
Les Grenouilles de Lessona étant en fait des Grenouilles de Berger, cette découverte pose la question de l’origine de ces grenouilles : s’agit-il de grenouilles capturées en Italie et relâchées à l’époque, plus ou moins clandestinement, sur la Rive sud du Lac de Neuchâtel, ou la population est-elle indigène et dans ce cas-là, la distribution actuelle de l’espèce devrait être révisée par les scientifiques.
Cette découverte pose également la question de la conservation de la Grenouille de Lessona, dont les marais de la Grande Cariçaie semblaient abriter une large population pour la Suisse. De plus amples études seront vraisemblablement nécessaire pour mettre les choses au clair dans le monde complexe des grenouilles vertes …

 

Sources bibliographiqes

Dubey, S., Leuenberger, J., & Perrin, N. (2014) | Multiple origins of invasive and ‘native’ water frogs (Pelophylax spp.) in Switzerland | Biological Journal of the Linnean Society, 442-449.

Speybroeck, J., Beukema, W., & Crochet, P.-a. (2010) | A tentative species list of the European herpetofauna (Amphibia and Reptilia) an update | Zootaxa, 1-27.

Monitoring invertébrés

Pour une majorité des groupes d’invertébrés, les listes d’espèces à responsabilité sont établies mais leur statut n’est que partiellement connu sur la Rive sud. C’est pourquoi,  des prospections complémentaires sont menées, particulièrement pour des groupes estimés sensibles à la gestion. Chaque année, des monitorings sont mis en place afin d’étendre les connaissance de ces espèces prioritaires.

Suivi annuel de la Déesse précieuse

La Déesse précieuse (Nehalennia speciosa) est une espèce menacée d’extinction au plan européen. Découverte en 2007 dans la Grande Cariçaie, elle a tout de suite fait l’objet d’une étude pour déterminer son habitat et vérifier que l’espèce n’était pas mise en danger par les travaux d’entretien des marais. Les observations ont été réalisées sur des transects dans le marais (les lignes brisées sur la carte ci-dessous) en enregistrant les observations avec un GPS (les ronds sur la carte: la taille de ceux-ci exprime le nombre d’individus observés). Le SIG a alors permis de croiser cette information avec l’historique de l’entretien des marais (les surfaces colorées en différentes teintes de gris en arrière-plan). Cette étude a permis de définir plus précisément l’habitat de l’espèce et de montrer que celle-ci est plutôt favorisée par la fauche, l’espèce étant bien moins présente dans la zone non entretenue à droite de l’image.

Comptant parmi les espèces prioritaires les plus sensible dans la Grande Cariçaie, la Déesse précieuse fait désormais l’objet d’un suivi annuel. En 2016, le monitoring de cette espèce poursuivi selon les méthodes en vigueur les années précédentes, a permis de recenser jusqu’ à 493 adultes de Déesse précieuse dans sa seule station connue dans la réserve des Grèves de la Motte. Ce résultat spectaculaire laisse à penser que les effectifs ont peut-être été sous-évalués les années précédentes.

 

Monitoring des Orthoptères

12 stations de la réserve de Cudrefin ont fait l’objet de recensements selon la méthode BIOP (Programme de surveillance des biotopes d’importance nationale), mêlant écoute et captures. La Grande Cariçaie constitue un réservoir important de deux espèces rares: le Tétrix des vasières (Tetrix ceperoi) et le Conocéphale des roseaux (Conocephalus dorsalis). Les deux espèces ont à nouveau été trouvées sur quelques stations.

Fiche info | Monitoring de l'Hélice luisante

Fiche info | Monitoring de l'Hélice luisante

Image tirée du site www.animalbase.uni-goettingen.de

Image tirée du site www.animalbase.uni-goettingen.de

Fiche info | Monitoring de l'Hélice luisante

Il y a déjà quelques années que François Claude, collaborateur du Centre suisse de cartographie de la faune (CSCF) et spécialiste des mollusques, sondait sans succès une station historique de l’Hélice luisante dans les marais près de Font (Commune d’Estavayer-le-Lac) où cette espèce très rare avait été signalée dans les années 1960. 

En 2014, l’observation de plusieurs individus dans une des seules stations connues de l’Hélice luisante hors Grande Cariçaie, nous permit de mieux appréhender la structure de son habitat et ainsi de mieux cibler nos recherches dans les vastes étendues marécageuses de la Grande Cariçaie. Cet automne, toujours en compagnie de F. Claude, l’exploration d’une zone potentielle en plein milieu de la réserve d’Ostende nous permit de découvrir de nombreux individus mêlés à quelques spécimens de l’Hélice commune (Cochlicopa lubrica).

L’environnement général de la station correspond à un groupement de végétation dominé par la laiche élevée (Carex elata) et le Polystic des marais (Thelypteris palustris). La strate de mousses très couvrante est comme suspendue, ce qui traduit un battement régulier de la nappe. En témoigne la présence de nombreux exemplaires de Cyclades cornées (Sphaerium corneum) et d’autres espèces de mollusques aquatiques. Les « grottes » sous les mousses ont l’air de constituer l’habitat de prédilection pour l’Hélice luisante, une petite espèce haute de 6–7 mm et large de 3 mm.

La découverte de cette nouvelle station est sensationnelle à plus d’un titre :

  • la situation européenne de l’Hélice luisante n’est guère réjouissante. Elle est considérée en voie d’extinction en Suisse et dans les pays limitrophes ayant évalué son statut de menace (Allemagne, Autriche). Les localités connues dans les autres pays de l’Ouest et en Europe centrale se comptent sur les doigts de la main. En conséquence, le statut de priorité qui indique quelle est l’importance de conserver ses populations suisses dans un contexte européen ou mondial, met l’Hélice luisante en priorité 1 en Suisse, soit le degré de priorité le plus élevé, malgré les 4 sites où la présence de l’espèce est désormais attestée ;
  • la situation de l’espèce dans la Grande Caricaie reste méconnue. Si apparemment, elle a disparu de la station historique de Font, la station dans la réserve d’Ostende nous donne des pistes complémentaires pour élargir nos recherches aux 100 hectares de prairies à grande laiches, mais en se restreignant aux zones qui correspondent à cet habitat très particulier, car l’observateur est souvent à plat ventre à ausculter les basses couches de végétation …

Ainsi dans un avenir proche, nous saurons si la Grande Cariçaie joue un rôle de réservoir pour cette espèce, comme pour d’autres espèces très menacées à l’échelle internationale.

 

Carte de distribution de l'Hélice luisante en Suisse

Fiche info | Inventaire des apidés

Fiche info | Inventaire des apidés

Fiche info | Inventaire des apidés

Imaginez-vous une famille d’insectes composée de plus de 600 espèces indigènes, qui feront l’objet d’une évaluation nationale des espèces menacées, mais dont l’inventaire de la faune de la Grande Cariçaie ne compte actuellement que 23 espèces répertoriées ? Un défaut évident de connaissances, pour lequel un inventaire des abeilles et bourdons (famille des Apidés) a été initié en 2015.

Christophe Praz, de l’Université de Neuchâtel, coordonne la mise en place du projet de liste rouge des Aculéates (sous-groupe des l’ordre des Hyménoptères, regroupant les abeilles, bourdons, guêpes, …) de Suisse. Il nous a aidé à mettre sur pied le protocole d’échantillonnage et a accompagné le stagiaire biologiste civiliste engagé par l’AGC, Mehdi Khadraoui, dans les déterminations rarement faciles des espèces échantillonnées.

La campagne de prélèvement a débuté en mars 2015, à la floraison des saules, et à une fréquence d’une chasse à vue toute les deux semaines. Elle s’est terminée à la fin de la première quinzaine d’août, au moment où la plupart des plantes ont accompli leur floraison. Quatre carrés d’environ 1 km² ont été sélectionnés dans les réserves des Grèves de Cheseaux, de Cheyres, des Grèves de la Corbière et des Grèves d’Ostende. Dans le cadre de la mise en place du projet liste rouge lié à ce groupe, Yves Gonseth, directeur du Centre suisse de cartographie de la faune, échantillonnait un autre carré dans la réserve des Grèves de la Motte qui a aussi apporté son lot d’informations.

Malgré le fait que cette famille d’hyménoptère ne compte que peu d’espèces liées aux milieux humides, une centaine d’espèces ont d’ores et déjà été identifiées. Dans cette première phase d’inventaire, les 587 individus récoltés ont été transmis à C. Praz pour vérification et détermination des groupes difficiles. En effet, beaucoup d’espèces au sein de certains groupes ont une morphologie presque semblable et seul un spécialiste pourvu d’une abondante collection d’exemplaires de référence peut arriver à distinguer les différentes espèces entre elles.

Le nombre d’espèces trouvées ne constitue pas une surprise et n’est pas en soi un record : de belles prairies sèches peuvent comporter plus du double d’espèces. Mais cette diversité correspond à un milieu diversifié dans ses structures et ses habitats. Outre la présence d’espèces patrimoniales, dont un bourdon fortement menacé dans de nombreux pays européens (Bombus muscorum), les réserves de la Grande Cariçaie constituent un réservoir pour un pool d’espèces qui ne demandent qu’à coloniser un arrière-pays fortement appauvri tant en diversité qu’en abondance des abeilles, car beaucoup trop banalisé au niveau de ses paysages agricoles.