Nature

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Les milieux naturels

La Grande Cariçaie se compose d'une succession de milieux d'une grande richesse écologique

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La Grande Cariçaie

une histoire remontant au Néolithique

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Histoire du site

Issu d’une formation glaciaire, le lac de Neuchâtel et ses rives offraient, il y a des milliers d’années un paysage bien différent de celui que l’on connaît aujourd’hui. Les blocs erratiques sont les témoins de cette époque glaciaire où le glacier du Rhône recouvrait le plateau suisse. L’érosion d’une zone au pied du Jura entre l’actuelle ville d’Yverdon-les-Bains au sud et le Seeland au nord est à l’origine de la formation du lac. Lors du retrait des glaciers, il y a près de 16 000 ans, l’eau issu de la fonte des glaces finit par remplir cette cavité. Les rives de ce lac nouvellement formé exercèrent immédiatement un puissant attrait pour les populations historiques. Les traces de leur passage sont encore visibles sur les berges et à découvrir notamment au musée romain de Vallon et dans le village lacustre de Gletterens. Trop souvent inondées et se prêtant mal à l’agriculture, les rives perdront ensuite de leur interêt avant de trouver une nouvelle vocation au milieu du 20e siècle avec le développement des loisirs lacustres suite aux travaux menés lors de la 1ère correction des eaux du Jura.

Occupation humaine ancienne

Dès que les conditions climatiques et écologiques le permirent, il y a de cela plus de 15 000 ans, les rives du lac de Neuchâtel exercèrent immédiatement un puissant attrait sur les populations préhistoriques. Les quelques 70 implantations humaines découvertes ces 150 dernières années et couvrant une période allant du Néolithique moyen au Bronze final (3850 à 850 avant J.-C.) témoignent de cette histoire ancienne et font de la Grande Cariçaie un site majeur pour l’archéologie européenne.

Une histoire qui remonte au Néolitique

Si l’image des villages lacustres de « l’âge de la pierre polie » (Néolitique, 5000-2300 av.J.-C.) ou du « bel âge du Bronze » (âge du Bronze final palafittique, 1050-850 av. J.-C.) est profondément ancrée dans la mémoire collective, c’est notamment parce que la fréquentation des rives de nos lacs commença déjà à la fin du Paléolithique supérieur et se poursuivit au Mésolithique (10 000 à 5000 av. J.-C.). Durant ces périodes, des groupes de chasseurs-cueilleurs vont en effet installer leurs campements, au caractère éphémère, sur les rives du lac, pour y pratiquer la chasse, la pêche et la cueillette.

Contrairement aux périodes précédentes, pour lesquelles les témoins matériels demeurent très fugaces du simple fait de la légèreté des infrastructures, les villages permanents qui fleurissent sur les rives à partir de 4000 av. J.-C. vont valoir à la région sa reconnaissance internationale. Leurs traces ont été bien préservées au cours des millénaires, grâce aux exceptionnelles conditions de conservation qu’offrent les milieux humides. Après 150 ans de recherches sur la rive sud du lac de Neuchâtel, près d’une soixantaine de stations lacustres y ont été recensées, permettant ainsi de suivre l’évolution de son occupation sur plus de trois millénaires, soit jusque vers 850 av. J.-C.

Après cet âge d’or, les rives voient leur intérêt décroître pour les populations humaines. Ce désintérêt est dû à une conjonction de plusieurs facteurs, mais en particulier aux fortes élévations périodiques du niveau du lac. Pendant la période récente qui précéde la 1ère CEJ, les niveaux du lacs, supérieurs de trois mètres aux niveaux actuels, interdisent pratiquement toute installation sur les rives. Les villes et villages sont alors construits hors d’atteinte des eaux, souvent au sommet de la falaise molassique.

Naissance de la Grande Cariçaie

La 1ère Correction des eaux du Jura (1ère CEJ), à la fin du 19e siècle, a constitué une véritable révolution, autant pour l’écologie des zones littorales de la rive sud du lac que pour les sites historiques. Le Grand Marais disparut, remplacé par les cultures. Faune et flore sauvage purent se réfugier dans les nouveaux marais qui apparurent tout au long de la rive sud-est du lac de Neuchâtel, sur un vaste plateau de sable arraché pendant des millénaires à la falaise de molasse longeant la rive. La Grande Cariçaie était née, compensation heureuse mais involontaire à la destruction du Grand Marais.

La 1ère Correction des eaux du Jura

Au milieu du 19e siècle, les plaines de l’Orbe, du Seeland et de la Broye n’étaient encore que de vastes marais, s’inondant au gré des saisons et des divagations des rivières. En bordure de ce Grand Marais, de fréquentes inondations détruisaient régulièrement habitations et cultures.

Les autorités de l’époque décidèrent alors d’entreprendre la « première correction des eaux du Jura » (CEJ) dans le but d’assécher le Grand Marais et de mettre les plaines alluviales en culture. De gigantesques travaux hydrauliques furent entrepris entre 1868 et 1891. On élargit le canal reliant le lac de Morat au lac de Neuchâtel (canal de la Broye) et celui reliant le lac de Neuchâtel au lac de Bienne (canal de la Thielle). On corrigea et élargit l’exutoire du bassin des trois lacs à Nidau, on dériva l’Aar dans le lac de Bienne en creusant un nouveau canal, le canal de Hagneck. Enfin, on mit en place un vaste réseau de canaux de drainage dans les plaines de l’Orbe, de la Broye et du Seeland. Ces travaux eurent pour conséquence la baisse du niveau des trois lacs d’environ trois mètres (le lac de Neuchâtel se stabilise à env. 429.30 m), la disparition en quelques années du Grand Marais et l’apparition de la Grande Cariçaie sur la rive sud du lac de Neuchâtel, sur des hauts-fonds sableux désormais émergés. La 1ère correction permit non seulement d’étendre les cultures sur les berges mais aussi la découverte de nombreux sites préhistoriques qui étaient jusqu’alors immergés.

La 2ème Correction de eaux du Jura

Depuis la 1ère CEJ, les terres du Seeland s’inondaient de plus en plus souvent en raison de la minéralisation et de l’affaissement des sols tourbeux, ce qui compromettait leur exploitation. Une deuxième correction des eaux du Jura (2e CEJ) fut envisagée afin de réduire d’avantage les variations saisonnières (de près de trois mètres) qui subsistaient encore entre hauts et bas niveaux du lac. Des travaux complémentaires mais moins lourds que les précédents furent entrepris entre 1962 et 1973. Ces travaux portèrent principalement sur la construction du barrage de régulation de Flumenthal et l’élargissement des canaux de la Broye, de la Thielle et de Nidau. Depuis cette 2e CEJ, les variations annuelles ne sont plus que d’environ 1.5 m.

Compléments d'informations

Histoire de la végétation, de la dernière glaciation à la 1ère CEJ

Histoire de la végétation, de la dernière glaciation à la 1ère CEJ

Histoire de la végétation, de la dernière glaciation à la 1ère CEJ

Les études palynologiques et sédimentologiques, menées notamment par les services d’archéologie vaudois et neuchâtelois dans les années 1980, permettent de comprendre l’évolution de la végétation entre la fin de la dernière glaciation, il y a 16 000 ans et l’époque moderne.

  • 16 000 av. J.-C. : les glaciers se retirent, les rives du lac sont libres de végétation, le niveau du lac est plus bas qu’aujourd’hui.
  • 13 000 av. J.-C. : température moyenne encore froide (10-12°), paysage de landes herbeuses envahies par les buissons (bouleaux et saules nains).
  • 10 800 av. J.-C. : le climat se réchauffe, début du boisement, avec surtout le genévrier et l’argousier.
  • 7500 av. J.-C. : le pin domine le couvert forestier avec le bouleau, apparition du noisetier, de l’orme, puis du tilleul et du chêne.
  • 6000 av. J.-C. : le frêne se développe sur les rives inondées du lac. Dès le début des occupations néolithiques, l’homme commence à modifier l’environnement des rives du lac en défrichant la forêt. Premiers signes de pratiques culturales.
  • 2300 av. J.-C. : le niveau du lac se situe entre 427 et 428 m, soit 1-2 m en-dessous du niveau actuel.
  • 1000 av. J.-C. : premières traces de marais sur les rives. Ceux-ci disparaîtront à nouveau lors des remontées ultérieures du niveau du lac (431 à 432 m).
  • Epoque romaine : traces de végétaux importés comme le noyer et le châtaigner.
  • Moyen-Age : progression marquée de la forêt sur les rives, toujours quelques traces de champs cultivés, présence à nouveau de marais sur les rives. Le chanvre et le houblon cultivés semblent très présents.
  • 19e siècle : la remontée du niveau du lac à 432 m a éliminé toute la végétation riveraine. La Rive sud est un paysage de hautes falaises de molasse et de villages perchés à leur sommet. Le Grand Marais s’étend sur près de 400 km2 dans les plaines de l’Orbe, du Seeland et de la Broye.